
Plutôt que de présenter les différentes étapes de la mise au point de l’exposition que Françoise et moi avons consacrée au centenaire de la naissance de Jean Moulin (1899-1999) sous le titre Une moitié d’ombre, une moitié de lumière, je donnerai le lien qui permettra d’en prendre la mesure…
L’impression des cinq cents exemplaires papier, transposables, à la demande, sur cartons rigides, avait été réalisée avec l’aide de l’atelier de l’Union départementale CGT de la Drôme à Valence.
L’Association Paroles Vives, créée pour lui donner un support humain solide, et développer les contacts nécessaires à la création d’un comité de parrainage prestigieux, a été essentiellement nourrie de l’attention que Pierre Fritsch, responsable communiste romanais de premier rang, lui a accordée.
Grâce à lui, des achats (vingt-et-un panneaux plastifiés par série) ont été réalisés, ici ou là, en France (Saint-Pierre-des-Corps, Denain…) dans des localités généralement dirigées par des municipalités communistes. De façon plus fréquente, il s’agissait d’une location pour un temps déterminé, accompagnée d’une conférence où nous nous rendions, parfois ensemble, parfois non, Françoise et moi.
Notre vie, du point de vue professionnel comme du point de vue humain, se trouvait complètement transformée, et plus fondamentalement encore parce que ma petite sœur Christine, devenue secrétaire de l’Association Paroles Vives, était la régulatrice de ce circuit qui s’ouvrait peu à peu – devant nous et devant elle – à travers toute la France.
Mais saisie par ses démons ordinaires, Françoise aura tout brisé rien qu’en quatre coups de cuillère à pot : mise à néant d’une réunion de préparation dans les Hautes-Alpes, intervention inarrêtable dans la réunion générale subséquente de l’Association (à Romans), anéantissement immédiat d’un projet de création d’une société de personnes entre Christine, elle et moi (pour sauver ce qui pouvait encore l’être) alors que les statuts provisoires nous avait été offerts gracieusement par un expert-comptable dûment consulté à Saint-Dié (Vosges) par Christine, et, enfin, mise en cause – aux limites de l’insulte – de l’évolution de la famille Cuny depuis le décès de la grand-mère Sidonie (1978 !).
Tout cela était trop manifestement délirant, mais, également, si efficace dans la destruction qui en résultait, pour que nous puissions, ma petite sœur et moi, faire autrement que d’en tirer toutes les conséquences… L’ensemble des feuilles imprimées, des panneaux montés, des contacts pris est allé s’entasser dans la maison familiale, à Saulcy-sur-Meurthe, où cela se trouve toujours, soigneusement rangé… mais mort à tout jamais ?…
C’est à ce moment si particulier de ma vie, et de mon désespoir, que je me suis précipité vers Chantal. Nous étions en l’an 2000. J’avais cinquante ans… Christine trente-six. Et nous étions condamné(e) à ne plus nous revoir, sauf à courir le risque de déclencher le pire des aptitudes de destruction que Françoise avait déjà su amplement manifester en ce qui concernait l’être humain que je suis… évidemment assez sensible à ce qui fait de moi le travailleur intellectuel que je suis devenu à force de tant aimer la vie… et de vouloir en offrir les meilleurs résultats à Christine justement… dont il est facile de comprendre ce qu’elle perdait dans les événements qui venaient de se dérouler, la plupart du temps, sous ses yeux…
S’il peut désormais y avoir Cécile dans le rêve, c’est qu’il y a Christine dans la réalité, c’est aussi qu’il y aura eu Suzanne… qu’on pourra retrouver ailleurs dans les quelques dizaines de livres de la Correspondance quotidienne que nous échangeons, elle et moi, depuis plus de six ans aujourd’hui (16 juillet 2025).
Ce que je n’ai pas pu vivre, ce que je n’ai pas pu faire vivre à Christine, c’est ce qu’il s’agit maintenant, pour moi, de créer à travers le personnage de Cécile. Tous les enjeux littéraires, esthétiques, philosophiques et psychanalytiques, qui sont le cœur même de mon activité intellectuelle depuis l’année de mes vingt ans, doivent venir converger ici, pour constituer mon univers à moi… en toute simplicité…
Cœur que j’aurais aimé faire rayonner tout autour de moi, et partout où des vents de hasard et de nécessité ont su me porter…
Michel J. Cuny
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