Au delà de la visite du magnifique château de Villandry, et de l’ensemble des châteaux de la Loire, il y avait la grande passion de Sylvain pour l’Histoire de France, laquelle servait si bien de décor aux aventures des personnages d’Alexandre Dumas, et surtout, de certains d’entre eux, que mon père affectionnait tout particulièrement : Athos (alias le comte Olivier de La Fère), un être tourmenté par d’anciennes blessures du passé, le plus âgé et le plus noble de ses compagnons mousquetaires pour qui il était une sorte de guide dans les combats acharnés qu’ils devaient livrer, pour le compte du roi Louis XIII, contre les gens du rusé cardinal de Richelieu, mais aussi pour déjouer les manoeuvres diaboliques de sa complice, la belle – et terrifiante ! – Milady de Winter...
Et puis, il y avait Edmond Dantès (alias le comte de Monte-Cristo), exemplaire de courage et de ténacité…
Un jour que je venais le voir, comme chaque semaine, à la maison de retraite où il devait terminer ses jours, il remarqua le vêtement que je portais et qui ressemblait à une grande cape, et il me dit :

« Tu ressembles à un mousquetaire... »
Etait-ce donc, à travers moi, l’image qu’il avait gardé d’Athos qui resurgissait à cet instant précis ?… Sachant ce que ce personnage représentait pour lui depuis son enfance, je ne pouvais qu’entendre cette parole-là comme une parole d’amour, avec tout ce qu’elle engage pour l’avenir.
Ce par quoi Sylvain aura dû d’être frappé et séduit au fil des lectures de son enfance, c’est le style de ces personnages qu’il n’oublierait jamais, et sur lesquels il s’appuierait même pour conduire sa propre vie. Ce qui lui plaisait chez les mousquetaires du Roi, c’était sans doute cet esprit de camaraderie qu’ils conservaient par delà leurs différences de caractère et puis cette sorte de désinvolture assortie d’un certain mépris pour leur propre mort…
Mais il avait certainement bien compris aussi qu’au delà d’une certaine fantaisie, ces histoires romancées renfermaient quelque chose de très sérieux du côté de certains enjeux face auxquels un être humain peut se trouver. Comme de devoir réparer une injustice, même si cela exige d’y consacrer de longues années de vie : voilà sans doute ce qu’il aura admiré chez le redoutable Edmond Dantès...
Christine Cuny
